Où il est question de ces phénomènes naturels insolites (ils le sont tous, en réalité) qui éveillent la curiosité, font l’objet d’investigations scientifiques et trouvent des prolongements dans les arts et la littérature...
Mécanique : réminiscence
Ça a commencé avec un bristol dans la vitrine d’un antiquaire ; dessus, il était écrit : « Surréalisme ». On voyait un train sortir d’une porte de cheminée. Bien trouvée l’analogie entre le conduit et la machine à vapeur ! Une obsession, tout de même, cet objet qui risque de ne pas suivre la bonne trajectoire, de ne pas savoir s’arrêter, de poursuivre sa propre course… Plus loin, sur le même trottoir, un antre noir : un garagiste. L’haleine de l’atelier, calme ce matin, me repique magiquement toute droite dans mon enfance. Un instant, je respire ce parfum fait de terre battue et de cambouis. On croirait ouverte une de ces caissettes poussiéreuses dont on extrayait le petit train qui nous faisait faire le tour du monde.
Imagine d’Andrzej Jakimowski : le toucher sonore
Imagine est un film d’Andrzej Jakimowski sur le toucher sonore. Un jeune enseignant non-voyant lutte au sein d’un institut accueillant des personnes malvoyantes pour l’apprentissage d’une autonomie affranchie de la canne blanche. On saisit que cette dernière est un outil confortable et rassurant mais subordonnant, qu’il ne supplée que maladroitement au contact physique comme à la vision. L’appropriation de l’environnement par l’approche auditive, la maîtrise pleine et entière des données sensibles captées par l’ouïe constituent l’enjeu majeur de cette éducation. Le film montre que le visible peut être également rendu en ses reliefs et en ses tonalités par la répercussion des ondes acoustiques.
Reflet vs ombre ?
Le reflet n’est pas l’ombre bien que tous deux, par l’effet du rayonnement lumineux, soient propres à produire une silhouette, une tache évanescente. Le reflet, par son scintillement, prolonge la lumière. Dans le miroitement, la composante chromatique des images envoyées est préservée. L’ombre, quant à elle, est une négation paradoxale de la lumière : elle est le signe d’une présence opaque autant que l’expression en négatif d’un objet irradiant. Cependant, du point de vue de la source, la forme réfléchie ne se distingue pas de celle qui ne l’est pas. Dans la mesure où la nature du support sur lequel se projette la forme est cela seul qui décide de celle de sa luminosité, peut-on nier absolument que le reflet soit une forme particulière de l’ombre ou inversement?