écrivaine publique 
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clermont-l'herault

 
                         

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Troisième semaine de confinement… On a déstructuré l’album photos : on l’a enlevée, celle où j’étais bien ! On ne va pas récrire Famille, je vous hais… l’original est suffisant… on va se coiffer, ouvrir des livres d’Histoire, échapper à la petite, essayer de se trouver une place au milieu des grands, ceux qui ont déjà traversé le temps : j’ai des aïeux, tu as des aïeux… nous avons des aïeux. On a noué ses cheveux, on s’est appliqué, comme en hommage à celles et ceux qui nous ont appris à le faire. Tu nous continueras, ils se disaient. J’écris en toi ! Retiens ce geste-là ! Tiens-toi donc tranquille ! On n’y arrivera donc jamais ! Quoi ? À ranger mes cheveux en épis, à attacher mes lacets à vos chaises ? Je vous continuerai, je ne l’ai pas choisi, vous non plus...
Offre-moi un truc qui te plaît, chiné quelque part. On se rancarde : t'as la babiole. Nous la lorgnons , elle nous parle de toi et puis plus tard, de nous deux.

On est pas mal heureux.

Jourzénuit




Vous vous demandez si les lunettes de soleil, le matin au petit déjeuner, ça prolonge la nuit ou si ça annonce le jour ? Ne cherchez pas. Ça prolonge le jour et ça annonce la nuit.

Y a-t-il un os là-dessous ?



Vous ne parvenez pas à interpréter le fugace : « Je voudrais déjà reprendre les cours. » ? N’allez pas vous compromettre en lançant une sonde : « Après deux jours de vacances ? »… On saura immédiatement que vous avez saisi l’ambiguïté du propos et on n’hésitera pas à vous répondre par le silence.

L’écho, « légitime »

Il est des façons de nommer qui (me) posent problème. D’autant qu’il est des associations inévitables, des comparaisons incontournables, que des similitudes dans l’usage suggèrent, produisent. Le concept de « légitimité », par exemple, qui est en soi très intéressant, devient plus difficile à cerner lorsqu’on l’associe comme celui de développement à une échelle et qu’il apparaît qu’on est légitime par degré. En outre, dans la mesure où on ne peut déterminer seul un niveau de légitimité car celui-ci est tributaire du point de vue des autres, il est probable que la question du seuil atteint se pose régulièrement et reste d’ailleurs volontiers en suspens.

L'écho, « émergent »

Rien ne me certifie que l’on puisse appliquer la notion de « grandeur scalaire » à celle de développement ; cette dernière, toujours est-il, n’a d’efficience qu’en regard d’un continuum qu’elle génère et dans lequel elle s’intègre, qui lui est en quelque sorte « consubstantiel ». En d’autres termes, il n’est pas permis d’envisager la notion de développement sans utiliser la règle, la graduation et soyons francs la « gradualité » ! Un pays, une région sont donc implacablement plus ou moins développés ! Cela étant, il me semble que l’approche économique veuille introduire de la nuance dans la quantification qu’elle opère. Quoiqu’on entende encore aujourd’hui l’expression « en voie de développement », qui avait d’ailleurs été substituée à celle de « sous-développement », il n’est pas certain que celle-ci ne soit pas remplacée, à terme, par celle d’« émergent » devenue d’actualité. Car les réformes ne s’imposant pas sans une certaine confusion, on ne saurait dire avec certitude laquelle des deux formulations précède l’autre dans la désignation du monde et s’il ne faut pas tout simplement radier « en développement ». Quoi qu’il en soit, « émergent » n’est pas neutre ; il trahit le point de vue de celui qui en a fait le choix. On ne peut dire, en effet, que le terme soit péjoratif… « émerger » c’est au moins devenir visible. Visible pour qui ? Émerger dans quoi ?

J'ai bien entendu

Lorsqu’une personne évoque de façon répétée un problème qui la préoccupe, il est fréquent qu’elle reçoive en réponse, le mécanique, l’atone : « Tu me l’as déjà dit ! » lequel admet comme variables, « Je crois que j’ai compris ! » et « J’ai entendu ! ». Or, il me semble que le malentendu est précisément ce qui sous-tend ce type d’interaction.

Le plat écho que renvoie celui qui réceptionne une inquiétude exprimée avec insistance est l’expression d’une impuissance à prendre en charge une situation qui présente des difficultés, certes ; mais elle est également une manière de signifier qu’on se tient pour dépositaire du problème et garant sur la question des solutions à lui apporter. C’est un rôle très honorable qui semble cependant oublier que celui qui manifeste copieusement son appréhension ne s’adresse pas nécessairement à quelqu’un. Se croire sommé d’assumer les préoccupations de l’autre est un réflexe acquis, sans doute, avec le sens des responsabilités ; il tend toutefois à ignorer les vertus du radotage. Comme il arrive parfois qu’un message enregistré se substitue à notre interlocuteur quand celui-ci s’engage dans la prospection, la quête d’expédient, la rengaine est aussi un moyen de signaler qu’on est occupé, de mettre en attente...

L’Émile et une nuit

Le petit embrasse du regard le monde démesuré ; il se dispose à y pénétrer tout entier. Ses parents songent sans tarder à l’immerger dans la société. Ils lui enseignent le bon usage des distances. L’enfant en retient que l’art du savoir-vivre s’apparente à celui de la mesure et que le sens de l’efficacité en matière de bonne conduite s’enrichit des principes de la géométrie variable. En pratique, il s’exerce à ajuster les paramètres d’une situation, reconfigurée dans un espace mental savant capable de combiner, d’étalonner, de définir des échelles de grandeurs, des points de fuites, d’appréhender en un mot un objet sur le mode virtuo-réaliste ! Quand le maillage affinitaire liant la simulation à l’intuition est bien serré, le chérubin parvient même à calculer avec une dextérité déconcertante la place exacte qu’il occupe ici-bas !

Cependant, cette mathématique-là, deceptive et dépouillée de son rêve, semble vouloir circonscrire l’infini. Et l’on peut craindre que las des limites, l’espiègle enfant ne s'emploie à la distorsion avec elles et qu’il apprenne à en user comme d’un leurre…

Avant la nuit

Sa colère exprimée, tout d’un coup, la nuée se dissipa. Quand il rouvrit les yeux, il flottait sans « voile » ni « gouvernail ». La flamme était éteinte et brisé le bougeoir.

Pas si simple

L'ange ! Le 19 décembre 1972, un mardi, Lacan dit (d') avoir joué l'année d'avant « sur le lapsus orthographique » qu'il avait fait dans une lettre adressée à une femme « tu ne sauras jamais combien je t'ai aimé – é au lieu de – ée »

Là je dis : 

Tu ne sauras jamais combien je t'ai aimé(s) vous ne saurez jamais combien je vous ai aimé(s) tu ne sauras jamais combien je vous ai aimé vous ne saurez jamais combien je t'ai aimé !
 
 



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