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Les oiseaux rares
Nulle part

Sous le chapeau, mignonnette, tricolore : la lèvre rouge, l’œil bleu, la peau pâle, elle maugréait de bon cœur contre lui ; il avait tapé au carreau mais ce n’était pas la bonne heure ! On avait dû le laisser filer… On n’allait quand même pas en rabattre ! On prendrait les devants, on mettrait dans le taxi le beau panier, on s’en irait faire des courses et ça fonctionnerait bien ! On passerait par chez lui, comme ça, évidemment, avec cet air de rien des grands moments… avec, tout de même, un pied sur le pare-choc, le coude au genou, les mains en éventails, on aurait encore quelque chose à commenter, on papoterait au milieu de la cour, avec rien autour, on aurait l’air, comme ça, de ne pas insister…

Alors on arrive ! On laisse tourner le pétard. On fait quoi ? On sort, on reste, on attend ! Le chien aboie ! Enfin ! Voilà le pleurnichard… celui qui n’a pas son compte ! On le salue : « Va le chercher ! ». Il arrive dérangé-occupé, affairé mais frais, enrobé, comme porté… sauvé ! Il avance d’un pas ailé, le paradis en bandoulière et c’est là, dans ses yeux que ça se met à chanter… et ça croit qu’on ne voit pas, qu’on ne sait pas !

Bêcheuse

Dom Quichotte m'a piquée. J'ai trébuché. Je me répandais sur sa banalité. En rossinante, j'ai roulé. J'ai repris pied, ô fourrés, au milieu des ronces ! Ce fut simple, bref, drôle, efficace, un peu humiliant.
Là où tu parles
 
À celui qui évoquait, il y a quelque temps, l’envie irrésistible d’écrire qui l’avait pris alors qu’il était encore assez jeune, je réponds : « Cela t’a conduit à faire de la parole ton fer de lance, ta bannière. Tu as placé tous tes efforts, toutes tes compétences dans la langue, son étude, sa pratique. Allons-nous te faire taire ? On réclame bien, de temps en temps, un peu de ce silence si propice, si heureux à la régénération des idées ; on le garderait un moment, on se reposerait dans l’entre-soi, on arrêterait de discourir la vie ! On voudrait bien jouer pour soi, déconstruire, reconstruire selon sa propre voix...

Seulement l’indigence guette ! Alors parle ! Dis le monde tel que tu le comprends ! Nous nous retirerons bien de temps en temps ; nous savons faire cela, glaner dans ce que tu défriches, réserver, tenir parfois pour essentiel un propos a priori hasardeux. » (Mars 2020)
À l'affût
 
La commère, que voulez-vous que ça me fasse qu'elle ait pignon sur rue, à côté de l'église et qu'elle tienne, fenêtres ouvertes, des propos qui me concerneraient ! Je passe, un bâton à la main, à la fois rêveur et à l'affût. Je marche vers le taillis feutré de plumes de perdrix et la maison qui me rappelle celle de mon enfance, mieux que ne le ferait celle où je l'y ai vécue. (Mars 2019)
Pink Floyd dans les lavandes
 
« Pink Floyd » c’est ainsi que l’on désigne ses nouveaux voisins dans la garrigue… Je me suis « couchée un peu moins bête » encore quand j’ai appris que « flamant rose », la traduction littérale de pink floyd, ne s’appliquait pas au groupe de rock qui portait ce nom. Il me semble qu’ici, en Occitanie, on ne s’embarrasse pas d’onomastique. Il est indifférent que les icônes 70 aient un lien avec l’échassier bling-bling qui fait partie du paysage. Peu importe ce qui motive le sobriquet. « Pink Floyd » s’impose au citadin à plumes et à roulettes qui émigre à la campagne et la « libre-association » autorise toutes les interprétations qu’on voudrait en donner… (Février 2019)
En jeune homme

On vit resurgir, dans une mise en scène extravagante, ce jeune homme qui ne se souciant de rien dérangeait volontiers et avançait dans la vie d’un pas égal, inconscient et majestueux. Frais, néophyte, laissant supposer néanmoins qu’il était praticien en tout, nu et avec enchantement, urbi et orbi, il s’engageait, on l’embarquait. Rien ne lui manquait. Sans nuance, ni retenue, livré à une spontanéïté déferlante, il discourait absolument sans arrêt ; de la sorte, il lui arrivait de plonger dans d’abyssales chutes d’où il remontait le coeur invariablement souriant, victorieux, plein d’allant. Les portes fermées ou trop grandes ouvertes ne gâteraient pas les neiges éternelles de sa destinée ! (Avril 2018)
Son jardin
 
Son jardin lui tient lieu de salon ; il s’y retire des jours entiers y abandonnant sur d’inutiles parapets en ruine, sur d’antiques murets, au sommet de périlleux portiques, le fond résiduel et sirupeux de nombreux cafés froids.
Tout au long du jour, il entre en sympathie avec le lieu. Il y rêve à son développement, sur plusieurs étages, à son devenir, sur plusieurs générations, à l’harmonie promise. Préoccupé de la croissance de chacun dans cet espace fragmenté, en devenir, il supervise les parterres. Chaque pousse fait l’objet d’une minutieuse attention et profite de plusieurs visites quotidiennes. Il est attentif à ce que chacun s’épanouisse et bénéficie, en conséquence, dans cet aménagement de la place qui lui est nécessaire, de l’environnement qui lui est adapté, de sa protection pondérée. Il herborise, ici, contient la fleur, là, pèse le fruit ; il circule entre les arbres, pour certains encore jeunes et arpente en rêve la forêt future, le panache d’ombre que sera son jardin. (Avril 2018)
 

On avait scellé sur les arcades des fenêtres de cette maison des tapis hérissés de tiges métalliques. Il en résultait un triste tableau : chassant les oiseaux et ne retenant que des feuilles mortes, les piques semblaient avoir condamné le lieu à l’automne … (Mars 2018)

 
Et le grognon de son pied immense frappa la chaussée, leva le bras, expulsa l’oiselet. Les traits de son visage qui paraissaient se rassembler en un point de fuite souterrain formaient un amas confus. Ce que cette face révéla en cet instant précis, ce fut un dépit inhumain dont on pouvait saisir qu’il s’était forgé sans le support du regret. (Mars 2018)
 
Elle s’avança, haute. D’où surgissait-elle ? Un mince bas de cuir recouvrait sa jambe, pour ainsi dire, intégralement. Nous n’osâmes pas porter notre regard vers le sien, nous nous renversâmes à nouveau sur notre objet, nous reprîmes notre conversation. L’inventaire de documents que nous étions en train d’opérer n’avait rien d’une invocation. Celle-là, cependant, qui nous avait rejoints semblait sortie des livres que nous examinions. Cette présence soudaine, à proximité, nous impressionna si bien que nous ne pûmes raisonner notre voix : elle se replia dans le chuchotement. Nous ne pûmes toutefois feindre très longtemps d’ignorer qui nous talonnait. Le ton que prit notre voisine pour nous interrompre était à peu près sans nuance. La créature vers laquelle nous nous tournâmes pour finir, noire, intégralement, et portant aux épaules une cape droite quoique légère […] On l’eût alors volontiers associée à quelque oiseau de mauvais augure. (Mars 2018)
Abbaye de Corbigny, Poussons les murs
 

 
http://www.theatreprouvette.fr/

Fin août, à l’occasion du festival interculturel Jaune Moutarde de Brassy, le TéATr’éPROUvèTe dont le Cabinet de Poésie Générale est établi à Corbigny, officiait temporairement sous un tipi. Durant plusieurs jours, les visiteurs ont pu librement accéder à des consultations poétiques. Les enregistrements effectués lors de ces entrevues, conservés en laboratoire feront prochainement l’objet d’une communication ; celle-ci sera bientôt diffusée sur une boîte vocale joignable à n’importe quel moment. Pour les im-patients, pour le renouvellement d’une ordonnance ou en cas d’urgence, une permanence est assurée toute l’année derrière de belles portes qui s’ouvrent, à l’abbaye du Jouïr… (Novembre 2018)

 
 



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