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Sylvia dans Un Conte de noël d'Arnaud Desplechin

 
Dans Un Conte de noël, Sylvia tient un propos en apparence vain : « Je ne veux pas être enfermée à Roubaix, je ne veux plus de la pièce de théâtre. », qui fait toutefois l'objet d'un encadrement particulier ; cela lui confère une étrange, une énigmatique inconsistance. Cependant, un nouvel horizon de significations s'ouvre dans le film, lorsque avec le plus grand sérieux, on envisage le rôle du personnage de Sylvia dans la narration, ce qu'il représente notamment en regard de la reine-mère. Les raisons pour lesquelles Junon le déclare insignifiant, « fainéant », « morne », ne sont donc pas, elles non plus, anodines... Sylvia : une clé ? (Janvier 2019)

Tournée de Mathieu Amalric, un prétexte

La tournée est un thème suffisamment cher à Mathieu Amalric pour qu’il l’ait choisi comme intitulé pour un de ses films et qu’il le réinvestisse dans Barbara. Mais ce leitmotiv en masque un autre, celui du prétexte dont il semble bien être la métaphore. « Tourner » tout au moins « autour » cela ne signifie-t-il pas tout à la fois ne pas se départir d’un axe, d’un pivot et lui demeurer extérieur, se maintenir dans sa périphérie ? Tournée n’est-il pas un film sur le prétexte qui sert de retour au pays natal ?

Tournée est un film qui semble se désigner comme « prétexte » c’est-à-dire comme un texte qui en précède, annonce, désigne voire usurpe un autre, lequel est central et néanmoins évoqué allusivement. Dans Tournée le véritable théâtre d’opération semble se situer sur Paris et appartenir à un temps révolu. Et s’il est un texte, on commence à y accéder à l’occasion de l’escapade de Joachim Zand dans la Capitale ; tout ce qu’il y subit lors de son passage, tout ce qu’il y réactive, les effets dévastateurs que la ville produit sur lui permettent de lire en négatif, de reconstituer le drame au centre et pourtant hors scène du film. L’image de Paris renvoyée par le personnage est celle du lieu ravagé, torpillé dont il s’est arraché ou qu’il a arraché avant de l’abandonner et de passer « de l’autre côté », en Amérique. Tournée semble bien être un film sur une terre nourricière qui rejette dans ses régions limitrophes, sur ses bords, ce qu’elle ne peut plus contenir dans son sein. (Décembre 2018)
Il n’est pas rare qu’un réalisateur, un scénariste introduise dans sa production une scène au moins qui se déroule chez le « psy »… ces passages là sont très importants. Ils appellent, ils requièrent une attention particulière. Ils introduisent une rupture dans l’action, la posture du « patient-personnage » y est déterminante, ils permettent au spectateur ou au lecteur d’assister à l’instant où se lie l’œuvre en germe, me semble-t-il. Je pense notamment à Kennedy et moi, à Un conte de noël. On peut également postuler qu’il existe des variantes à ces situations. Le cabinet de l’avocat, le bureau de l’inspecteur peuvent se substituer à celui de l’analyste. (Novembre 2018)

...de ma jeunesse

 
Les bains de soleil, la mer et la plage me donnent le sentiment d’appartenir à la génération de mes parents. Mes enfants ont un côté comme ça, le soleil, la mer, la plage qui n’est pas sans me rappeler leurs grands-parents. Dans le fond la communication intergénérationnelle fonctionne très bien… Oui, mais c’est sans compter avec les parents. Qu’est-ce à dire ? Que ceux-ci ont du mal à s’affirmer ? Les films d’Arnaud Desplechin sont sur ce point d’un heureux réconfort. Ils me donnent le sentiment d’appartenir enfin à une génération ! (Septembre 2018)

Trieste, Wimbledon et autres lieux

Des deux régions où je vis celle qui me paraît la plus intéressante est celle où je ne travaille pas ; je m’y livre à l’otium. Je m’y rends disponible aux gens qui y vivent et à ce qui s’y déroule. Je m’y déplace volontiers. Je suis inlassablement curieuse de la découvrir. Comme mes séjours s’inscrivent dans une durée limitée toutes les fois que je la quitte, je ne ressens pas tant du regret que de l’impatience à pouvoir la retrouver, après quelque temps, dans ce qu’elle aura conservé pour moi de secrets, d’objets d’investigations laissés en suspens. Clairement tout y prend sens. L’autre région se réduit à sa dimension fonctionnelle : ce que j’ai à y réaliser ne doit pas excéder une certaine durée. Le temps y devient une donnée qu’il faut rationaliser, et de la sorte le site, son histoire et les mystères qu’il abrite, son attrait touristique échappent à ma curiosité. Concrètement, ce lieu-là, quel qu’il soit, je n’y habite pas. La cause de ce désenchantement, en réalité, ce n’est pas l’activité, mais la manière dont celle-ci y est conçue, organisée… une manière qui force la cité à revendiquer son attractivité et se faisant à se vider de toute puissance de séduction ! Cette logique de la rentabilité qui se propage, qui réduit les rues à des galeries commerciales, qui engage les espaces de détente et de découverte à devenir des objets identifiables, déchiffrables, faciles d’accès ! Combien de temps encore disposerons-nous d’endroits préservés où l’on peut cheminer en secret selon un parcours qui nous est propre, selon une géographie intime ?

Je viens de revoir Le Stade de Wimbledon réalisé par Mathieu Amalric, inspiré du roman de Daniele Del Giudice, Lo Stadio di Wimbledon. Le film relate les pérégrinations d’une jeune française enquêtant sur Bobi Vohler, un écrivain qui n’a jamais publié ; celle-ci se rend au sud-est, à Trieste, à plusieurs reprises, puis pour finir, au nord-ouest, à Londres. Le film insiste, entre autres, sur la dimension matérielle de la démarche d’investigation : voyager, entrer dans des librairies, dans des bibliothèques, consulter toutes sortes d’archivistes, des fichiers papiers, formuler sa demande, la déposer, devoir révéler son identité et patienter dans l’attente d’une information qui chemine... Le train occupe une place prépondérante dans les déplacements du personnage principal ; celui-ci permet, en outre, le voyage de nuit, d’entrer dans la ville au petit matin, de la quitter au crépuscule, le petit-déjeuner à la brasserie. Cette dernière aussi occupe une place de choix dans la scénographie ; elle a son importance pour la mémoire, elle permet de « se rafraîchir », d’accéder à l’annuaire téléphonique, in fine, à cette lueur chaude que représente l’autre… à l’autre bout du fil, dans le combiné, là-bas au bout de la vie dans son lit, dans un lieu, auquel un intermédiaire me conduira, par lequel il me faut passer comme on transite… l’autre, au bout du dédale. Dans Le Stade de Wimbledon, la gare de Trieste est le point nodal à partir duquel la journée s’organise, l’espace prend forme, devient logique ; la gare c’est une sorte de poste frontière, elle est gardienne de l’ordre historique qui sous-tend la distribution de l’espace. À l’origine, Trieste est une ville scindée : la Trieste italienne jouxte celle de l’ex-Yougoslavie. Comment cela se formule-t-il ? Celui-là le comprend, celui-là le ressent, ceux-là le vivent. Pour autant, Trieste est-elle aujourd’hui une ville impossible, « bipolaire », « clivée » ?

Trieste, enfin, pourrait être le titre de ce récit ou roman qui n’a pas été écrit, qui ne s’écrit pas, d’un auteur dont la vie aurait été à Wimbledon. Revenir sur les pas de Bobi Vohler est une manière d’entrer dans la lecture d’une œuvre qui contrairement à ce qu’elle revendique n’a pas pleinement échappé à la mise en mots. Celle-ci ne se donne-t-elle pas à lire, en partie, à travers les témoignages des personnes, dispersées dans l’espace, qui ont connu l’auteur ? Et « Trieste », ce mot que l’on soupçonne d’être un peu valise, de vouloir susciter « l’évocation paronymique», est-ce encore véritablement le nom d’une ville ? Trieste, une allégorie de la lecture, de ses effets  ?

Cette exploration que montre Wimbledon, est celle d’un personnage et comme en abîme celle d’un écrivain qui en s’engageant sur les traces de cet autre personnage qu’est « l’écrivain qui n’a jamais écrit », part à la rencontre de ses propres personnages. Le voyage à Trieste, initiatique ? (Novembre 2018)

 
 

"L'épiphonie"
 
L’épigraphie existe. Au sens large, elle s’intéresse aux écrits placés en exergue. Le contexte d’interprétation de ces inscriptions se trouve élargi par l’environnement dans et sur lequel elles prennent corps, par la nature de la relation que celles-ci entretiennent avec leur support. Dans ce domaine l’analyse des dimensions physique et spatiale des écrits qui surgissent en marge des lieux où ils sont d’ordinaire attendus occupe une place de choix.

Cela dit, si l’épigraphie est, « l’épiphonie » n’est-elle pas ? Cette dernière ne semble pas faire l’objet d’une étude approfondie quoique la présence sur les réseaux d’un site http://www.epiphone.com/, d'une marque attestent bien que l’on s’en soucie quelque-part…

Cela dit, je me demande ce que je dois faire de ces bouts de voix, de ces morceaux de vie, de ces éruptions discursives que je reçois inopinément quand je traverse l’espace public ou tout simplement quand je suis à une table de café. Évidemment je les intercepte ! Le petit carnet supplée le dictaphone paradoxalement inefficace dans ces moments-là. Le dernier mot est encore à l’écrit… Comment faire autrement ?

Cela dit, j’ai relevé un jour, au passage, un fragment de conversation ; je n’en ai reçu que la moitié, disons la partie émergée, l’autre étant tenue d’un lieu qui restera à jamais inconnu. La partie audible de la discussion consistait en ceci : « Ça coûte pas grand-chose t’y peux rien mais ça change tout ». Je reconnais l’adage « Ça ne coûte rien, mais ça change tout », seulement je ne reste pas satisfaite très longtemps ! Que dois-je faire de l’incise « t’y peux rien » ? Dois-je la rattacher à « ça change tout » ou à « ça coûte pas grand-chose » ? L’énoncé est insondable… tout ce que je verse dans ce « pas grand chose » « t’y peux rien » en modifie à chaque fois intégralement le sens ! (Octobre 2018)
 
 



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