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Le chat plisse
 
Le chat plisse les yeux, il tend le menton. Est-ce trop de clarté qui le retient ainsi, l’incite à pointer vers la lumière son petit museau laiteux ? Le soleil, le croirait-on, l’éblouit. Le chat en réalité s’abandonne à un petit jeu personnel, intérieur, gourmand. Il occupe sciemment la place qu’il sait être la mienne. À l’heure qui n’admet encore aucune compagnie, j’en aurai bientôt fini avec mon petit rituel quotidien. Bien vite, en effet, et combien le chat le sait, j’exigerai de me tremper sans partage dans le fauteuil qu’il occupe… Il le sait ! Il minaude ! Où a-t-il appris cela, à me provoquer ? Un instant, il me dit : « Vois comme je me délecte de savoir qu’il te faut compter me chasser d’abord pour gagner ta paix ! ».
L'amour, les mathématiques, la physique, la chimie en parlent très bien (infini, continu, en totalité, en expansion...) mais déjà trop.
Lire trouble
         

À propos de Jane Eyre de Charlotte Brontë (Traduction et Préface d'Henriette Guex-Rolle, Cercle du Bibliophile, 1960)

Au chapitre XXXV du roman, sur le point de consentir à épouser le pasteur St John, Jane est attirée à l'extérieur de la maison par la voix tant espérée qu'elle croit entendre, celle de Rochester ; de ce fait, ainsi que sa décision, l'entretien qui retient l'héroïne, ce soir-là, auprès de son bel et austère cousin se trouve suspendu.

Au chapitre suivant, à l'aube, au lendemain de l'incident, s'apprêtant à quitter Moor House pour une visite à Thornfield qui l'informerait de l'état de son bien-aimé, Jane reçoit de St John, un billet. Ce dernier l'engage, en ces termes, à se maintenir dans le choix qu'elle allait formuler quand elle fut interrompue : « Pendant ces quelques jours, priez afin de ne pas céder à la tentation. L'esprit veille, je le crois, mais la chair est faible, je le constate. »

A ces mots, à mon tour, il me semble entendre des voix derrière celle de St John. Je ne sais à quel souffle, celui de l'auteur, de Jane ou du mien, je dois de lire-double, de lire-trouble en lieu et place de l'énoncé initial : « L'esprit est faible, je le crois, mais la chair veille, je le constate. » 





Tu consentiras à accorder une place, dans ton jardin, au mimosa, à la glycine, au chèvrefeuille, au magnolia, au jasmin, à cette merveilleuse petite fleur des villes de tonalité orangée, que l’on croit goûter quand la hume ? Celle-là, je la préfère entre toutes, parce que son parfum discret mais acidulé, rappelle l’agrume, tous les agrumes et sans doute parce que son nom ne m’a pas encore été révélé.

Parfait...
Le Bonheur (1934) de Marcel L'Herbier raconte l’histoire dramatique d’un amour entre un brillant et néanmoins obscur caricaturiste et une star de la chanson et du cinéma. Il met en scène la rencontre improbable de deux personnages que tout oppose : celui-ci a choisi l’anonymat, la lutte sociale et celle-là est une égérie, une impératrice dans le domaine de l’illusion. Le film porterait sur les ressorts profonds qui travaillent les sentiments si l’homme ne choisissait de renoncer à celle qu’il aime. Philippe Lucher se résigne ainsi à rejoindre la foule des spectateurs, à ne revoir de l’icône que son image et renvoie l’objet de son amour au système qui le promeut. Avant de disparaître, il émet cependant le souhait de lui voir apparaître, un jour, à l’écran, une lueur de sincérité…
"Alors un ermite, qui pénétrait dans la ville une fois par an, se manifesta : Parle-nous du Plaisir.
Il répondit en ces termes :
Le plaisir est un chant de liberté,
Mais ce n'est pas la liberté.
C'est l'épanouissement de vos désirs,
Mais non le fruit.
C'est la profondeur qui en appelle à la hauteur,
Ce n'est ni le bas ni le haut,
C'est l'encagé qui prend son essor,
Mais point l'étreinte de l'espace."

Khalil Gibran, Le Prophète
 
 



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