écrivaine publique 
montpellier
clermont-l'herault

 
                         

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Si l’on se disait : " J'ai eu plusieurs vies... il en est d’autres encore que je n'ai pas vécues... je voudrais les réunir en un seul lieu !", on choisirait peut-être une couleur unique, et on la déclinerait selon toutes ses nuances. Prenons, par exemple, le vert ! Il me plairait aujourd’hui dans ce lieu à moi, de le souhaiter ici olive, forêt, émeraude, bleuissant, de le vouloir balancé de feu, exposé au blanc, rubané d’ombres, de heurter ainsi les harmoniques, d’atteindre, discrètement, un équilibre baroque, personnel...
Quelque part
A part soi
Il arrive parfois qu’on se vête du costard-cravate et qu’on se paye un message plein de grosses formules... c’est qu’on aime bien, de temps en temps, s’endimancher. Style paysan, roture, poli, pas laconique, peu efficace ! Puisqu’on le dit ! Alors, on sort le grand bavardage ? Oui. C’est pour mettre un peu de gêne entre nous…


La nature n’est pas morte

 
En espagnol, les termes bodegón et bodega partagent la même racine latine : apotheca ; ils désignent respectivement une nature morte et une boutique ou un cellier, une cave, une cale, une arrière-cuisine, une gargote, un entrepôt. On conçoit sans peine le tableau qui motive une telle proximité lexicale : un entresol aux murs épais, exempt quasiment d’ouvertures, lourd d’exhalaisons, débordant de denrées invraisemblables entassées là pour un temps indéfini... On imagine avec bonheur un de ces territoires du quotidien où siège et triomphe une activité fabuleuse. (Octobre 2018)
Au caramel
 
La belle poire avait été débarrassée de sa fruste pelisse inégalement rougie et jaunie au soleil, puis baignée. Palpitant et doré, le sucre qui avait fondu dans le beurre ruisselant l'habillait à présent de sa robe caramel ; ainsi arrangé et paré de groseilles, le fruit nichait dans une feuillée de menthe. On le dissimulerait jusqu'au dessert. Quel vin lui réserverait-on ? (Mars 2019)
En forêt
On aurait dit une de ces discrètes maisons de gare souvent isolées ; elle se situait en pleine forêt. Autour d’elle, dans une semi-clairière formant un halo, disséminées, se trouvaient des habitations de facture récente. Le soir tombait, la bâtisse semblait reposer, volets clos, dans la pénombre. Elle disposait d’un corps central carré s’élevant jusqu’à la houppe des arbres. Ce bâtiment formant une tour assez modeste était flanqué, de part et d’autre, de deux modiques constructions, ramassées, aux fenêtres uniques. Au seuil de ce pavillon, de couleur paille, aux volets vert foncé, où l’on sentait l’humus et l’humidité gagner, tout semblait placide et sur le point de s’assoupir. Rien ne laissait supposer la démesure qui se trouvait à l’intérieur des lieux.

Dès l’entrée, nous fûmes happés par une foule importante au milieu de laquelle évoluaient des enfants. Le vestibule exigu et couvert de boiseries s’ouvrait sur un escalier étroit ainsi que sur de larges salles chauffées, éclairées par de petites cheminées. Ces pièces qui ne semblaient pas connaître de plafonds, étaient bordées de coursives ; du rez-de-chaussée, il était possible d’apercevoir les étages ainsi que les portes auxquelles donnaient accès les galeries. Du dedans, on saisissait la structure en étoile des lieux. (Mai 2018)



 
La chambre
C’est une chambre immense dont l’aspect rupestre se dégage principalement de l’un ses murs ; celui-ci offre à lui seul trois ouvertures. La première, par un escalier privé, conduit au grenier où subsistent les vestiges d’un appartement modeste quoique spacieux et dont on imagine aisément qu’il servait autrefois d’alcazar au personnel. La seconde s’ouvre au moyen d’une petite porte rustique sur la soupente ; attenante à cette dernière, lui allouant modestement assez de lumière pour la rendre habitable, on a ménagé une embrasure à petits carreaux. Entre les colombages tressés, dépouillés, une étoffe indigo chamarrée d’or qui scintille à la tombée du jour assume de nuancer cette pièce, pour le reste opaline et chaulée. Un décor humble ? Non. Le lilas mauve et le cerisier en fleur dissipent, à l’intérieur, trop de sobriété ; il règne dans cet endroit un charme peu commun. Cela tient de ce que l’alcôve, dans sa conception, illustre un paradoxe : on croirait s’y tenir dans un jardin, au seuil de quelque façade de cabanon, repli de l’écrivain soucieux dans son confort de conserver l’accès au chemin, au bois, à l’étang. (Mai 2018)
Escapade en Bourgogne
 
Il avait fallu se déterminer entre Saint-Sauveur et Clamecy. La décision avait été d’importance ; une telle situation ne se présenterait plus : l’alternative ne comptait que deux voies ! Le choix avait été porté sur la seconde ville, en fait, sur Romain Rolland ! Colas Breugnon, à vrai dire, avait été avant Colette son tout premier contact avec la Bourgogne. Il y avait bien eu Sido, certes, mais hors des classes, si tôt la vie à soi, c’était au bord du Beuvron, dans le fracas du carnaval, qu’elle avait fait « connaissance ». Le musée Romain Rolland offrant l’accès à des enregistrements sonores, elle espérait pouvoir y entendre la voix de Colas dans celle de son auteur. Cela n’arriva pas. En revanche, elle put y écouter s’exprimer un homme devenu citoyen du monde et à qui la maison natale reculée et cependant frappée des flots avait servi de port d’embarquement. Il fut possible d’y appréhender un peu ce « sentiment océanique » qui animait le penseur. (Mai 2018)
 
 



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